Dernières infusions de nature

Le Yellowstone, au delà de nos amis à poil, c’est d’abord un immense volcan, qui, il y a 650000 ans, provoquait une éruption majeure, recouvrant de cendre près des deux tiers des Etats-Unis. L’origine de ce volcan serait un « point chaud », une immense poche de magma logée sous la croûte terrestre, qui de temps en temps trouve un chemin jusqu’à la surface pour expulser son trop plein de gaz et de lave. C’est ainsi qu’est née l’histoire de volcans qui taillent sans discontinuer leur route du sud-ouest au nord-est américain.

Lorsqu’on quitte donc les geysers, fumeroles et bains bouillonnants du Yellowstone, après quelques heures de route à travers le Wyoming, on tombe sur des formations géologiques impressionnantes, protégées par un parc national, les Craters of the Moon. Il faut chercher pour trouver un espace juste assez grand afin de planter notre tente, cernée de monticules épars de roche volcanique. Notre fameux « point chaud » a ici aussi frappé, et la randonnée matinale du lendemain nous offre un panorama exceptionnel du cratère principal et de ses petits copains, dont les flancs sont couverts des restes d’une lave volcanique d’un noir ébène, plantés au milieu d’un désert rocailleux sans fin. Entre vision apocalyptique et « On a marché sur la lune », cet endroit nous semble suspendu hors du temps.

De nouveau au volant. Les dizaines et centaines de miles s’enfilent sur la route désertique de l’Idaho, avant que nous ne déboulions dans les contreforts plus boisés de l’Oregon, au dessus desquels trône le volcan majeur du Crater Lake National Park. La chance nous sourit, car après un long hiver enneigé, le parc, ainsi qu’un magnifique camping jouxtant son canyon, n’ouvrent qu’aujourd’hui. Moins de 24 heures après avoir foulé des roches volcaniques, on se lance donc sur une neige généreuse pour grimper vers le point le plus haut qui borde le cratère. La vue de cette étendue d’eau au coeur de l’ancien volcan est apaisante, rafraîchissante et magique. Noah lui a une petite montée d’angoisse en pensant à une potentielle éruption, tout en essayant de se rassurer en répétant que si le cratère est rempli d’eau, alors le volcan ne pourra pas exploser. Pour lui changer les idées, on propose d’organiser une belle flambée le soir, connaissant son appétit pour le feu. Quelques heures plus tard, notre maître feutier entretient les flammes, on s’installe sur un rondin de bois au coin du feu, et on se débouche une bière IPA … alors que le soleil n’en finit plus de repousser l’heure du coucher, jour le plus long de l’année et anniversaire de Jėjė oblige.

« Laaaa meeeerrrrr » hurle la famille en coeur le lendemain après-midi. Nous voilà sur les berges du Pacifique, dans une atmosphère bizarrement très tempérée, pas plus de 20 degrés le soir et 12 pendant la nuit. Au petit matin suivant, Noah secoue l’épaule de Jéjé, le poussant à se lever aux aurores. Le voisin nous avait dit hier soir, alors qu’on montait notre campement, qu’il n’était pas rare que les ours viennent se désaltérer à l’aube dans la rivière voisine. Le rendez-vous n’est pas manqué, et nos deux lève-tôt aperçoivent un ours brun à quelques encablures du camping, sur les berges du cours d’eau. Ce sera la 9ème et dernière rencontre, toujours si impressionnante et attendue par notre blondinet. On pourrait clôturer là le chapitre des ursidés. Mais Noah insiste pour voir la dernière pièce manquante de son puzzle, le mythique grizzly.

Pour essayer de répondre à sa demande, notre dernière option est de bifurquer vers le Yosemite National Park, que l’on avait évité jusque là, connaissant sa (sur)fréquentation. On se consulte, on vote, on valide. Alors, après s’être dégourdi les jambes au coeur de la forêt du parc national de Redwoods en bord de côte, naviguant au milieu de ses arbres géants au bois de différentes teintes de rouge, de ses immenses fougères et de ses orchidées qui nous font basculer dans un monde originel, on ajoute une nouvelle traversée de la Californie à notre compteur pour rejoindre le site du Yosemite. Bordé de falaises verticales, l’endroit est relativement étroit et dense en touristes, dont de nombreux amateurs d’escalade. Malgré la volonté de préserver le parc, la proximité de toute cette foule et des infrastructures touristiques donnent un autre regard sur l’exploitation d’un parc naturel. Ça ne nous empêche cependant pas d’atteindre la fameuse Vernal Fall et de se faire asperger par l’écume qu’elle produit tant le débit est puissant. Jusqu’au bout, Noah scrute les montagnes à la recherche de sa star à poil. Peine perdue. On lui chuchote qu’il a une vie devant lui pour revenir.

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