Le Québec en roue libre

… Le retour de notre petit journal quotidien sur la (vélo) route ! Avec une petite chanson pour se mettre dans l’ambiance

Jour 1 : Montréal – Saint Jérôme (59 km)
Comme chaque grande agglomération, la sortie de la ville est longue et laborieuse : des grands axes, des feux et des stops, l’absence de fléchages, des cul-de-sac … On atteint enfin la voie « Transcanadienne » et il est temps de préciser les consignes de sécurité routière à un Noah fougueux et surexcité : rappel du code de la route, règles de convivialité avec les autres personnes et écoute des parents. Pour une meilleure prise de conscience, je décide de lui donner une note chaque jour sur ces trois critères. Première note : 10/20, notre petit pédaleur roulant allègrement sur quelques règles essentielles du code de la route.
Alors qu’on atteint la mi-journée, un homme nous interpelle de sa voiture. Il nous propose de faire une halte chez lui, pour remplir nos gourdes chez lui. Il insiste, il habite à quelques centaines de mètres, on accepte. On pose les vélos dans son garage, et on déjeune finalement sous sa véranda (on dîne à midi pour les québecquois, eux qui transforment le dîner du soir en souper). Lui est enseignant en sciences politiques, elle est DRH et a traversé à pied la Champagne il y a quelques années, son frère a pas mal baroudé à vélo … il nous partage tout ça avec enthousiasme. Il tient absolument à nous aider : il nous offre des glaçons, un café et des barres chocolatées.
On repart sur la route, rafraîchis en direction de la bien nommée Saint Jérôme. On s’installe au camping en fin d’après midi – Noah continue ses boucles à vélo au milieu des emplacements, levant les bras à chaque arrivée virtuelle. Enfin à l’arrêt, il me débriefe en toute sincérité : « en vérité, ça va, après une nuit de repos, je repars sans problème. Je ne comprends pas les coureurs du TDF qui sont fatigués après 21 jours »… Sans commentaire … il comprendra par lui même au fil des jours … ou pas !

Jour 2 : Saint Jérôme – Saint Agathe des Monts (61km)
Nous nous engageons sur le « P’tit train du nord », ancienne voie ferrée aménagée pour les vélos et les piétons. La piste est autant fréquentée que le canal du midi au mois d’août, notamment aux abords des lacs de Val Maurin (station hivernale huppée), où les touristes se laissent scandaleusement flotter sur leurs paddles ou leurs canoés. Jérôme ne comprend pas comment on peut buller en toute impunité sur une embarcation sans pagayer, moi je me projette totalement à leur place.
Noah roule bien, à sa façon, c’est à dire en mode yoyo (à fond, en rétropédalage, à fond). Du coup, il est parfois à l’avant, parfois à l’arrière du peloton. Un cycliste s’inquiète de le voir seul, et de compassion finit par l’aider en le poussant sur quelques dizaines de mètres. Noah le prend plutôt mal, il ne veut pas de son aide, le cycliste finit par me rejoindre l’air inquiet pour demander jusqu’où on va. Parents indignes. Un autre homme m’aborde en me disant que notre jeune garçon est arrêté un peu plus loin derrière … Comment les rassurer ? Comment expliquer en quelques mots que pour ne pas s’ennuyer Noah a de multiples missions : ramasser des fleurs ou des framboises, gagner les points de la montage, du sprint, de la traversée de ponts, du premier arrivé au stop, se mettre dans la roue d’un cyclosportif et s’accrocher autant que possible … Bref, au bout de la deuxième journée, on commence à comprendre que notre p’tit mouflon est endurant, physique et tenace. Pour le préserver sur la longueur, il va juste falloir freiner son entrain et respecter des jours de pause.

Jour 3 : Saint Agathe des Monts – Rivière rouge (80 km)
Pour casser la routine camping et avoir l’occasion de partager avec la population locale, on fait appel de temps en temps à notre réseau de cyclotouristes Warmshowers. Hier, c’est Karim qui a répondu à notre appel. Sa maison se trouve à quelques kilomètres de la voie verte près de Saint Agathe des Monts. Lui est en déplacement sur Montréal pour le week-end, mais il nous propose sans hésitation de profiter de son chalet en son absence. Après cette nuit au chaud, nous voilà de retour sur la piste pour attaquer tranquillement un petit col du parcours, à 427 mètres d’altitude. La montée est progressive, heureusement car nos vélos sont bien chargés, moi avec mes deux sacoches et la tente, Jérôme avec une carriole à deux roues remplie d’affaires de toute sorte. La portion est aussi moins fréquentée, ce qui rend la fin du parcours un peu plus monotone pour Noah. On met notre petite baffle musicale dans la poche arrière de son maillot … et le voilà reparti de plus belle en danseuse, tout en faisant attention à ne pas trop s’éloigner de Jérôme pour garder la connexion Bluetooth. Le camping Fou du Roi nous accueille avec un tarif préférentiel cyclo, sa plage au sable blond, son eau à peu près potable, ses campeurs en poncho péruvien ou à chapeau texan et ses odeurs de cannabis. Jéjé est heureux, pour lui le dépaysement passe forcément par une case « roots ».

Jour 4 : Rivière rouge – Mont Laurier (70 km)
Il y a de moins en moins de monde sur la voie verte, on a dû tous les semer en chemin. Il reste quelques cyclos dans l’effort, des retraités en goguette, des voyageurs au long cours, et une famille égarée toute rouge et transpirante. Une bonne partie en vélo électrique. On traverse peu de villages, mais ils sont souvent équipés d’aires de repos. Les forêts et les lacs laissent placent à des champs et des marécages, les moustiques à des petites mouches bien agressives, les quelques vaches et chevaux nous encouragent faiblement du museau. Des portions non asphaltées nous permettent de casser la routine, mais nous recouvrent de poussière ! On contourne le lac des Ecorces pour aller planter la tente au milieu d’un camping rempli de gros camping-cars. On enlèverait les jurons québecquois qu’on se croirait de retour aux Etats-Unis.

Jour 5 : Mont Laurier – Les 4 Fourches (60 km)
Fin de la voie verte, nous voilà pour la première fois en bord de route sur la 117, très passante avec ses gros camions, mais avec suffisamment de place sur le bord pour se sentir tranquille. On bifurque sur la 107 au bout de 25km, il y a moins de trafic mais toujours ces petites bosses insignifiantes en voiture et si pénibles à vélos. La voie verte avait l’avantage d’être principalement sous les arbres … mais ici pas d’ombre, et le thermomètre a pris quelques degrés, il flirte avec les 32. Du coup on prend un coup de bambou sous la chaleur étouffante, et on trouve une épicerie à point nommée : dans l’ombre du mur, on déguste des sodas. Certainement la journée la plus éprouvante et la moins jolie, mais demain c’est jour de repos ! Noah nous avoue enfin sa fatigue, ouuuuf on a eu presque peur qu’il nous demande d’enchaîner.
D’ailleurs, pour l’occasion et vu que le ciel menace, on a choisi un chouette hébergement format gite de luxe avec de beaux espaces (salon, terrasse, cuisine, salle à manger, …).
Le soir venu, on laisse les vélos au gîte et avec un coup d’autostop on va chercher un restaurant à Maniwaki. Le québécois est hésitant quand il nous voit sur le bord de la route, mais une fois qu’il nous ouvre la porte, il ouvre son cœur et nous laisse son numéro de téléphone en cas de besoin. Merci à Nathalie et Patrick qui ont fait demi tour pour nous prendre et la médecin Pascale qui est repartie déposer son vélo à son travail avant de nous amener à destination, tout en nous proposant de squatter sa roulotte et ses canoés au bord du Lac des 31 Mile.

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