On the road again

Atterrissage en douceur à San Francisco à midi et quelques minutes … Le cerveau embrumé après près de 30 heures de veille passive, bienvenue en Californie !

Le temps de griller un feu rouge, de refuser une priorité et de prendre la Highway direction Nord au lieu du Sud … et on prend tranquillement la mesure de notre voiture, un poil plus massive qu’on ne l’imaginait. Nous voilà maintenant longeant la côte californienne, entourés de Tesla silencieuses et de Mustang rugissantes. Les falaises de terre ocre sont entrecoupées de plages au sable blond, les pickups chargés de planche de surf déchargent des gars aux cheveux bruns, d’autres à la chevelure peroxydée. Tous ont la mine décidée, rejouant à leur démarche les meilleures séquences de « Point Break ». A l’eau, un bon petit mètre cinquante, et entre les planches Malibu d’amateurs sortant de leur boulot et de bimbos s’essayant à la glisse, de petits gabarits agiles enchaînent les snap back sur les vagues.

On fait le plein d’embruns, les derniers sûrement avant quelques semaines, et on prend la direction de la terre. Sur les collines de la Soquel State Forest qui surplombent la côte, on zigzague entre les séquoias géants avant de finir par trouver une place à peu près plate pour notre toile de tente. Les pic-verts locaux tapent fort sur le bois dur des troncs qui s’élèvent à plus de quarante mètres au dessus de nos têtes, il ne nous en faut pas plus pour nous plonger dans un sommeil réparateur.

Le Parc National de Pinnacles est l’occasion de faire notre première vraie rencontre : un serpent d’un bon mètre vingt, que l’on classifie rapidement dans la catégorie des couleuvres. A défaut de montrer notre expertise, cette analyse rassure la compagnie. Dans le ciel, le condor de Californie dessine de grands cercles. Autour de nous, Les gros blocs de roche d’origine volcanique posés ci et là, qui font l’attraction du parc, donnent une impression de jeu de legos non terminé.

Quelques heures sur les crêtes suffisent à nous dégourdir les jambes, avant de reprendre notre carrosse roulant direction les plaines centrales agricoles de Californie. Aux petites exploitations des contreforts montagnards, dont la plupart des bâtiments tôle sur bois sont tombés en désuétude, succèdent les milliers d’hectares de culture de salade, choux, maïs, fraise, framboise, orange, abricot (…) de la plaine, le tout irrigué par un jeu de canaux. Au vu de la chaleur ambiante, plus de 35 degrés, on se demande combien de centaines de milliers de mètres cube d’eau il faut pour soutenir une agriculture si intensive. La main d’oeuvre, elle, ne manque pas, et parle espagnol sur toutes les rangées.

La ville de Coalinga sera notre halte du soir – entourée de derricks pétroliers, et d’élevages de bovins soulevant des nuages de poussière, qui feraient passer la Ferme de mille vaches pour une agréable retraite alpestre. Sa position centrale dans cette plaine surchauffée nous pousse à choisir le motel à la tente. L’ambiance y est finalement plutôt tranquille malgré l’autoroute voisine qui la lie au sud et au Mexique.

Le lendemain, pour quitter la chaleur oppressante de la plaine, on prend de la hauteur vers le Parc National de Kings Canyon. Un décor désuet de séquoias géants et de cabanes en rondins de bois nous accueille. Les grands arbres voient souvent leur tronc brûlé : en se renseignant auprès des bureaux des rangers on comprend que le cycle du feu et le cycle de la vie végétale sont ici étroitement liés. L’un alimente l’autre, et les séquoias, dont le bois est imputrescible et résiste aux incendies, surveillent le tout de leur hauteur, enjambant les feux depuis des siècles sans y laisser plus qu’un peu d’écorce carbonisée. On plante la tente non loin d’une rivière, non sans avoir écouté les recommandations de la propriétaire du camping, qui porte tous les stigmates d’une ex-vie de baba cool junkie : elle nous assure de la sécurité des lieux, tout du moins si on fait attention aux crotales. Dans la journée d’hier, elle en a d’ailleurs passé deux à trépas.

Le Parc National du Séquoia est un classique pour qui aime ces arbres dans toute leur majesté. Pour cette nouvelle journée, j’essaie de tailler un itinéraire dans la forêt pour en voir les plus beaux exemplaires. Mais il suffit d’un petit arrêt de bus raté pour bouleverser les plans et enclencher une randonnée de près de 20 kilomètres. Personne ne râle, on n’en aura pas vraiment l’occasion. Car une heure de marche plus loin, Berga s’arrête sur le chemin, interdite, et revient vers nous la peur entortillée dans les intestins. Noah traduit : « Deux ours là-bas ! ». Au milieu du marécage, à 80 mètres de nous, les ours bruns sont en train de se nourrir tranquillement d’une herbe grasse. On pourrait faire demi-tour, mais cela impliquerait de rallonger significativement la journée. Notre itinéraire, lui, fait le tour du marécage, et passe par endroits à moins de 40 mètres des plantigrades. « On y va ! On va continuer sur le même rythme, on va parler haut, pour qu’ils nous repèrent, et on marchera sans s’arrêter ». Et voilà la petite famille avançant, un oeil sur le chemin, un autre oeil sur les deux bêtes omnivores, un troisième oeil analysant les alentours boisés pour voir si le reste de la famille ursidée ne s’y cache pas. Dès que nous passons au vent, un des deux ours nous sent, lève la tête et nous repère immédiatement. « On ne s’arrête pas » je répète. Il n’a pas de mouvement agressif, mais il ne nous quittera pas des yeux jusqu’à ce qu’on disparaisse de son champ de vue. Il nous faudra quelques kilomètres pour digérer la rencontre, et ce n’est pas les deux cerfs, les écureuils, la marmotte et le king snake, serpent chasseur de crotales, qui nous enlèveront le goût de cette première rencontre. Le soir venu, il faudra deux IPA glacées et un coca frais pour enfin oublier les émotions de la journée.

Changement d’ambiance et direction Las Vegas en ce nouveau jour ensoleillé. Le thermomètre touche des sommets, 105 degrés Fahrenheit (41° Celsius), le sud-ouest américain est en alerte canicule, aussi précoce qu’intense. Cela n’empêche pas les derricks de Barstow de pomper, pomper, pomper le pétrole, comme les Shadoks. Pour le reste, cactus et casinos se partagent les kilomètres désertiques de la terre asséchée du sud du Nevada. Et comme une oasis dans ce désert moribond, Las Vegas apparaît au loin, une vision fantasmagorique concrétisée par des panneaux d’affichage géants 20 kilomètres avant : ils promettent pour ce mois de juin la venue de stars planétaires comme Lady Gaga, Bruno Mars ou David Guetta. Les casinos du Strip, l’avenue principale, rivalisent de grandeur et de décadence : malgré les restrictions imposées aux mineurs, on glisse Noah dans le « Bellagio » et le « Paris », qui symbolisent par leur décoration et leurs animations la démesure de la ville. Côté logement, on s’est offert un hôtel luxueux à deux pas du Strip. Une chambre de 58 m2, un lit de plus de 2 mètres de large, et une piscine sous les palmiers où il faut slalomer entre les piñas coladas pour atteindre l’eau … Le lendemain, en quittant la ville, on passe par quelques quartiers qui jouxtent l’autoroute du nord. Sous 40 degrés celsius, de nombreux homeless se partagent l’ombre d’un pauvre arbre sur la chaussée brûlante, entourés de caddys de supermarché comme autant de maisons roulantes : l’envers du décor américain n’est jamais très loin.

3 Commentaires

  1. lOS ABUELOS LANDESES

    A ce que l’on voit, on vit plutôt dangereusement : après les serpents…les ours!
    Pas encore de pumas?
    Affectueusement.

  2. On adore, on adore, on adore 🙂

  3. C’est trop bien de vous relire !!!
    Où vous laissez nous des vélos pour la prochaine fois ? 😜 Plein de bises, profitez bien !

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