Gare aux menhirs

Tout cela manquait un peu d’archéologie. Cela tombe bien, la région qui nous entoure est bien fournie en pierres de tout genre, dont certaines sont classées au patrimoine mondial de l’humanité. On pourrait par exemple découvrir un site archéologique souterrain à Tierradentro datant de l’époque pré-colombienne – ou alors visiter San Agustin, région riche pour ses sculptures mégalithiques représentant divinités et animaux mythiques. Un, dos, tres : c’est le second choix qui nous attire finalement, sûrement par défaut, car la route qui mène à Tierradentro est réputée compliquée d’après les commentaires des colombiens (et quand on connaît leur degré de tolérance sur l’état des routes …).

La route qui part de la ville de Popayán jusqu’à San Agustin, non moins accidentée, parcourt la chaîne de montagnes centrale de la Colombie à plus de 3000 mètres d’altitude. Elle était tristement célèbre pour les embuscades et les enlèvements qui s’y déroulaient. Aujourd’hui, les quelques postes militaires liés à la présence de guérilleros des FARC ont été démontés – il n’en sera pas de même lorsqu’on dirigera plus au sud dans quelques jours vers Mocoa où, au vu des nombreux points de contrôle, on comprend que la situation reste tendue.

Ce qui nous mène là, c’est bien l’armée de colosses et de totems qui couvrent les plateaux autour de San Agustin, jolie petite ville aux accents coloniaux non loin de la frontière avec l’Equateur. Bien que les fouilles aient démarré il y a plus d’un siècle, on sait peu de choses sur cette culture mystérieuse qui a prospéré tout au long du premier millénaire, puis a disparu six siècles avant l’apparition des Espagnols.

La plupart des statues ont été retrouvées à l’intérieur d’immenses tumulus dans lesquels les Précolombiens enterraient leurs chefs. Rectangulaires, parfois ovales, mesurant de quelques dizaines de centimètres à 7 mètres pour les plus grandes, elles sont gravées de motifs abstraits ou zoomorphes. On y voit des serpents, des grenouilles, des oiseaux, symboles de création, de richesse et de pouvoir dans la culture précolombienne. Beaucoup des figures de guerriers sont dotés de crocs semblables à ceux d’un jaguar, une allusion aux chamanes, chefs spirituels censés être capables d’absorber le pouvoir de ces félins.

Ce que l’on comprend du petit musée archéologique qui ouvre le principal territoire des sculptures, c’est que cette civilisation pratiquait un culte funéraire intense, la mort étant simplement considérée comme une transition vers une autre vie.

Le lendemain, nous marchons longuement entre les fincas de café et les champs à l’herbe grasse et leurs vaches, pour rejoindre le site de La Chaquira (noooon, aucun rapport !). Un escalier creusé dans les flancs du canyon nous amène juste au-dessus de la turbulente rivière Magdalena. Là, dans les dalles verticales de roche, sont gravés des pétroglyphes, dont l’un représente un homme avec des mains levées, face au magnifique paysage que lui offre Mère Nature.

Au vu du peu de fréquentation des sites de la région, on a ici parfois l’impression d’être d’être une tribu d’aventuriers en herbe, soulevant quelques lianes épaisses pour entrevoir les restes d’une civilisation disparue symbolisée par un menhir à la mine patibulaire …

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