Sans vélo, ça roule aussi

Après près de 15 années ponctuées de voyages où la bicyclette a été notre compagne de toutes les routes, nous voilà ramenés au rang de routards (si tant est que le voyageur à roues est au voyageur à pied ce que l’home sapiens est à l’homo erectus), usant nos deux jambes pour nous déplacer et portant notre maison sur le dos.

Bon le but ici n’est pas de faire une apologie du voyage à vélo et vous expliquer les aléas de la vie des routards, on l’a bien choisi en fait – mais plus comprendre ce que cela change dans notre quotidien de déplacement.

Pour les petites distances, se déplacer à pied ne change pas grand chose. Notre petit blond accepte sans broncher ses 10 à 20 kilomètres quotidiens, voire en redemande lorsqu’il n’a pas sa ration. Du coup nous sommes assez mobiles, surtout lorsqu’on a trouvé préalablement un endroit pour déposer nos encombrants sacs à dos. On n’en est pas encore à héler un taxi pour la moindre cuadra à parcourir ou à sauter sur le dos du premier âne venu pour randonner en montagne.

Pour les grandes distances, faute de vélo, nous sommes revenus aux transports en commun : nous voilà donc de retour dans les gares routières, les colombiennes partageant avec leurs cousines sud-américaines l’odeur des empenadas frites, de la bière sans saveur et l’ambiance d’une sono qui grésille pour une annonce de départ, un match de foot ou un morceau de cumbia.

Les trajets ne se font désormais plus cheveux au vent comme sur le vélo, mais plutôt fesses vissées au siège. Et qu’importe si le chaufffeur enquille les heures de conduite comme nous des haricots à l’almuerzo, le café est bon en Colombie, le sucre qu’on y met dedans aussi, qu’importe si le tacot grimpe des cols à plus de 3000 mètres en crachant l’essence brûlée de ses poumons, dont une partie revient inexorablement en cabine, qu’importe que les routes soient parsemées de nids de poules, transformant nos corps incontrôlables en objets flasques et sans consistance. Comme on aimait se le dire juché sur nos pédales, l’important n’est pas la destination, mais le chemin cabossé qui y mène.

Au final, qu’importe tout ça, car dès qu’une esquisse de ligne de droite se dessine, on peut faire confiance au chauffeur pour appuyer sur le champignon jusqu’à en écraser les moindres spores, envoyer tout ce que sa guimbarde a dans le ventre, et nous, la fenêtre ouverte, le nez sous la brise, nous dire que finalement, ça a aussi du bien de laisser aux roulards les aléas de la route et de ses conducteurs fous.

Qu’importe tout ça, car pendant ce temps-là, notre marmot, dont chaque once de peau tressaille dès que l’amortisseur libère toute l’énergie comprimée dans la dernière ornière, affiche sa tête de paisible dormeur, ce qui fait dire à Berga « Vous les Dutilh, vous m’écoeurez, vous êtes capables de dormir n’importe où » … et qu’il encaisse sans mot dire les 14 heures d’un bus de nuit … bus valdinguant sur une route montagneuse qui aurait fait vomir n’importe quel vieux briscard des mers houleuses (moi le premier, qui a largement usé des petits sacs en plastique pour estomac fragile mis généreusement à disposition), mais que lui avale sans quasiment broncher.

Bon on s’est bien dit avec Berga que dans ce pays qui voue un véritable culte au vélo et à ses coureurs (on a déniché un maillot « Café de Colombie » de Lucho Herrera dans le Musée National, et Nairo Quintana est encore une star malgré ses récents déboires), il y a quelques routes sur les hauts plateaux andins qu’on aurait parcourues à vélo ! Mais pour cela il faudrait que notre bambino gagne un peu de mollet et de cage thoracique … quoiqu’il s’y entraîne, en scrutant scrupuleusement, comme les chauffeurs de bus durant leur pause, les résultats du Giro en cours.

Un Commentaire

  1. lOS ABUELOS LANDESES

    Holà,
    Como estan ustedes? Todo parece bien para vosotros en America del sur.
    Seguimos su viaje en Enrouta3.
    Ayer por la tarde, vimos en TV, « échappées belles » tratando de la costa carribeanna en Columbia. El pais parece haber cambiado : una gente màs feliz, una explosion de colores y de sabores ! Bellissimas : las antiguas ciudades, las montanas y su vejetacion…una fiesta para los ojos y la boca.
    Que nuevo descubrimiento para Noah! Ahora debe ser un verdadero aventurero y hablar espanol con fluidez .
    Muchos besos.

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