Madagascar

Récit de trois semaines à vélo à Madagascar avec le potocyclosurfeur Lolo !

Vendredi 24 avril
Dernier petit déjeuner chez Papijo et Mamina, tout est plein, les réserves sont au taquet. Train direction Bordeaux, à la gare Saint Jean avec Lolo on se tourne autour pendant 20 minutes avant de se retrouver. Camionnette jusqu’à Paris, le ciel déroule sa tenture de bleu et de blanc au dessus de la monotonie de l’autoroute. A l’arrivée à l’aéroport, nos cartons à vélo interrogent et nous font passer en file prioritaire. Ils dépassent légèrement le poids autorisé, sans conséquence. Le trajet en avion, avec escale à La Réunion, est plutôt paisible cinématographiquement, entre la dépression de Bruce Springsteen et la placidité de l’architecte de l’Arche de la Défense.

Samedi 25 avril
Atterrissage sous les applaudissements à Tananarive. Cela semble être une habitude – mais à réfléchir il n’y a rien d’ordinaire dans le fait de poser un avion de dizaine de tonnes sur un bout de bitume surchauffé. Quelques dizaines d’euros en moins, et visa tamponné sur les passeports, nous voilà à Madagascar. La chaleur est loin d’être suffocante, mais le ballet des porteurs et chauffeurs de taxi contribue à réchauffer l’atmosphère. Notre chauffeur nous attend patiemment, au premier abord effrayé par la taille de nos cartons à vélo. Tout passe au millimètre dans sa Renault Espace recustomisée. Il en profite pour demander une rallonge sur le prix de la course – bienvenue au pays. A l’hôtel, petit havre de paix au milieu des véhicules et leur nuage d’essence, on déballe nos cartons : tout est là, semble fonctionner, il ne reste plus qu’à charger les gourdes et remplir le porte monnaie d’ariarys, la monnaie locale. La sortie dans les rues de la capitale nous vaut d’être constamment accompagnés par de jeunes femmes et des très jeunes enfants. Misère pour eux, pénibilité pour nous. De retour à notre jardin entouré de barbelés, on profite des dernières couleurs descendant sur les collines de la cité.

Dimanche 26 avril
Départ pole pole. Un petit déjeuner malagazy, soupe de riz et légumes, omelette et pain, me nourrit plus que le maigre dîner de la veille. On enfourche nos destriers, et on quitte Tana par la Nationale 1. On slalome entre les étals de marché et les taxis brousse pendant plusieurs kilomètres avant de rejoindre la campagne. Rizières et collines ponctuent le paysage, on déroule portés par un vent d’est. Les premières images, odeurs et sons affluent : charrette tirée par deux zébus, troupeau de ces mêmes zébus conduits par leur gardien, étals de fruits gorgés d’ananas, de kakis, d’avocats, de pastèques et de bananes, « Salame » (Bonjour) qui se multiplient au fur et à mesure qu’on s’éloigne de la capitale … Une pause banane à quelques centaines d’ariarys (20 centimes) après 70 km et ça repart.

Mon vélo commence à cliqueter et à grincer, quelque chose dans le pédalier que je n’arrive pas à identifier, et joue une musique stridente qui ne me quittera désormais presque plus. L’heure du déjeuner est déjà bien avancée, et sur les conseils d’un local, on déniche un petit restau succulent, fréquenté par les expatriés et les travailleurs d’ONG. L’intensité du soleil baisse, les gamins ressortent leur ballon de foot et jouent entre deux cages aux poteaux courbés. On pousse jusqu’au lac Itasy, et on déniche une auberge, Chez Le Belge, à l’accueil cool et aux installations confortables. La patronne plaisante, s’enquiert de notre trajet à venir, et nous déconseille le sud est et Fort Dauphin, repère de bandits et de voleurs de zébus selon elle.

Lundi 27 avril
On fait un détour par les chutes de Lily, au bout d’une route pavée que les écoliers remontent à pied sur le chemin de leur établissement. Interceptés par Joël à l’entrée du village, on négocie une randonnée d’une grosse heure jusqu’aux cascades. La négociation ici, c’est toujours avec le sourire, mais il faut savoir l’arrêter lorsque l’interlocuteur affiche un visage contrit – les sommes en jeu frisent souvent le ridicule, quelques euros au pis. Joël nous raconte sa vie, passée au village, sa femme, du village, ses trois filles, le partage de l’argent qu’on lui a donné avec son frère et son père. On parle culture (haricot vert, pistache, aubergine …) car tout pousse bien dans cette terre volcanique. Avant de remonter sur les vélos, dernière tentative de sa famille qui essaie de nous refourguer quelques babioles pour arrondir les gains de la journée.

La pente s’accentue, et après Ampefy et lac d’Itasy, la route se dégrade progressivement. Au bout de la ligne droite, un petit village et son jour de marché : tout se vend, s’achète, se négocie et surtout se répare – menuiserie, mécanique, vêtements, nourriture … La route continue à s’élever, alternant portions en terre et bitume irrégulier. Sur la crête, une ville – à l’entrée, on prend ce qui nous semble être la route la plus évidente. Mauvais choix, on se retrouve en plein marché à pousser nos vélos au milieu d’étals resserrés. Dans une foule toujours plus dense, il nous faut une demi-heure pour trouver le chemin de sortie.

Le col suivant, sous un soleil de plomb, nous cuit littéralement avec ses forts pourcentages. Je perds litre d’eau après litre d’eau, les crampes finissent par contracter mes cuisses. Je n’ai pas assez bu, je rôtis et m’assèche. On souffle à l’ombre d’une école, sous le regard curieux des instituteurs et d’écoliers. On grignote, on repart doucement, le rythme est haché au gré des rampes sévères jusqu’à Dango. A la sortie du village, un petit complexe de bungalows nous tend les bras. Choix judicieux, car l’endroit, en plus d’être en bord de lac et proposer un cadre bucolique, est un repère de gastronomes. On dévore sans retenue … salade d’avocats et de crudités, foie gras poêlé au gingembre, canard au poivre … Je ne sais pas si on l’a mérité, mais en tout cas le lieu est bienvenu.

Mardi 28 avril

Alors que le soleil lèche les eaux du lac, nous déjeunons sur notre terrasse en dissertant sur les efforts de la journée à venir. Quelques rampes sévères entament nos premières forces, alors que des écoliers accompagnent en courant nos coups de pédale. Rapidement nous roulons sur des crêtes à près de 2000 mètres, avec une vue dégagée sur les reliefs avoisinants. Je suis toujours surpris du peu de forêt qui nous entoure, de l’absence quasi totale de chants d’oiseaux. Ici le maïs concurrence le riz, alors que dans notre musette les bananes accompagnent les beignets frits. Longue descente jusqu’à la nationale 7. La circulation, quasi nulle jusque là, s’intensifie raisonnablement, et après le bitume roulant, c’est une alternance de portions de terre, de sable, de gravier ou de bitume fraîchement restauré.

Dans la ville d’Antsirabe, notre hôte du soir, Denis, le patron de la luxueuse « Chambre du voyageur », nous parle de sa vie ici, depuis plus de 20 ans : de la « construction » de ce petit bout « paradis naturel », des efforts et des conciliations, de la corruption, des changements de régime, de la misère au sud du pays, de ses actions en faveur d’écoles, de dispensaires, des familles très nombreuses et du planning familial, de la difficulté de l’accès aux soins et aux hôpitaux, du salaire mensuel minimum (environ 50€), de ses 22 employés pour environ 10 clients aujourd’hui (une bonne journée), des possibilités de randonnée dans l’arrière pays …

Quelques heures plus tard, c’est avec Yann, un expatrié français avec qui j’avais échangé préalablement à ce voyage, que nous discutons. Amateur de grands raids en vélo, toujours à la découverte de nouvelles pistes dans le bush malgache, entraîneur d’une équipe d’athlétisme composée de coureurs de pousse-pousse, avec lesquels il est en train de monter un film pour Universal, il est intarissable sur la région … on se laisse porter par le flot de ses paroles, avant de rentrer à la frontale dans la nuit fraîche de la capitale provinciale.

Mercredi 29 avril
Le déjeuner de la « Chambre du voyageur » est gargantuesque, et la chocolatine crémeuse à souhait. Denis nous tient encore un peu la jambe au matin, avant qu’on déroule nos roues dans des vallées fertiles. Les couleurs sont sublimes : la terre rouge, le vert des rizières, le marron de l’eau, le gris des blocs de granit, le bleu azur du ciel …

Nous croisons et doublons une multitude de grappes d’écoliers, et un cycliste nous accompagne, tout en nous demandant une petite réparation. L’étape est courte, 90 km, et ne vaut pas la montagne de riz avalé dans une gargotte de route. Ambositra, sa colline au sommet de laquelle nous logeons dans L’Artisan, un bel hôtel simple et chaleureux, nous accueille avec sa jeunesse et sa bonne humeur : concours de danse et matchs de basket occupent notre fin de soirée.

Nous en profitons pour valider notre destination finale : cela sera Tulear et non Fort Dauphin, le retour de la 2ème destination étant trop long ou compliqué à gérer, au bas mot 3 à 4 jours de taxi brousse, les autres options n’étant pas viables pour rapatrier nos bagages.

Jeudi 30 avril
On démarre sous une bruine fine, alors que le dîner de la veille et le petit déjeuner nous ont laissé sur notre faim. Il est bien connu que le cycliste au long cours fait plus attention à son ventre qu’aux aléas de la météo. La route est bonne pour nos vélos, beaucoup moins pour les camions, ce qui nous fait tous progresser à peu près à la même allure.

Les enfants sont toujours agglutinés le long des routes : parfois sur le chemin de l’école, parfois pour vendre des physalis, des fruits variés ou encore des fagots de bois. En altitude, la misère est perceptible : enfants ou vieux tendent la main à notre passage. Après 60 km, un petit restaurant local accueille nos ventres affamés : riz, haricots, du pret (quelques feuilles de légumes), et deux os à peine épaissis par une chair blanche.

Pause bienvenue, pour absorber un total de 150 km et 2250 mètres de dénivelé sous la pluie. 9h30 plus tard nous rentrons dans Fianarantsoa en même temps que l’obscurité. Nous naviguons avec nos frontales au milieu de la circulation dense. Nous finissons par trouver un lit, et une table. Le bonheur.

Vendredi 1er mai
Arrivée tardive hier soir, départ tardif ce matin. La route jusqu’à Ambalavao est paisible. Les briques de terre cuite chauffent dans des briquetteries artisanales, pendant que des familles entières cassent des cailloux : aux plus petits (dès 4 ans !) la tâche de réduire en petits graviers, au plus grands d’équarrir les gros blocs, avant que les camions ne chargent le tout, en direction de quelque construction. Travail de bagnard, sous un soleil de plomb. La descente du col avant Ambalavao nous fait croiser des milliers de têtes de zébus, accompagnés par leurs propriétaires, remontant dans leurs estives d’altitude après les jours de marché de la ville.

Pour rejoindre la vallée du Tsaranoro, il y a notamment 23 kilomètres de piste. Le premier embranchement nous égare, deux paysans nous font passer une rigole avec les vélos à bout de bras pour nous remettre sur le droit chemin. Je laisse quelques milliers d’ariarys en pourboire … ce n’est que le début d’une longue route, entre pentes infernales, voies détournées et chemins tortueux.

2h30 plus tard, alors que la nuit tombe, nous arrivons au pied d’intenses et majestueuses falaises de granit. Pour dormir, nous est proposé une petite hutte circulaire, pour un sommeil que l’on souhaite réparateur. Je m’endors avec l’image de cette fille mère, avec son bébé lové dans son dos, rencontrée plus tôt dans la journée, dont le regard et la main tendue semblait dire : « Emmenez moi loin d’ici ».

Samedi 2 mai
Réveil dans une ambiance magique. Même la vue des toilettes, d’où l’on voit la falaise dérouler un nouveau tapis de couleur au lever du soleil, est sensationnelle. C’est jour de marché dans le village situé en milieu de piste, les femmes avec des gros sacs (de riz ?) sur la tête, des enfants portant des fagots de bois, des hommes conduisant les charrettes ou menant des troupeaux de zébus nous accompagnent.

De retour sur la RN7, et sa circulation plus qu’éparse. Au loin, une formation géologique interroge : immense bloc granitique, surmontée d’une couche distincte, comme un chapeau, elle se nomme le « bonnet de l’évêque ». Pendant près de 50 km, elle sert de toile de fond à notre avancée sur le haut plateau. La chaleur, comme le soleil, est à son zénith – on se réfugie pendant une vingtaine de minutes dans une épicerie de bord de route pour se désaltérer et se mettre à l’ombre. Tout y passe : eau gazeuse et coca sortis d’un congélateur, beignets, bananes. Avec nos 2€, on fait la journée de l’épicière. De l’argent sûrement mieux tombé que les dizaines de milliers d’ariarys que l’on laisse le soir dans des hôtels que l’immense majorité des locaux ne pourra jamais s’offrir.

Assommés par la chaleur, on arrive à Ihosy, bourgade poussiéreuse mais vivante du méridional malgache. Les adolescents se préparent pour la fête du samedi soir, les adultes jouent aux boules et les plus jeunes, miséreux, font les poubelles à la sortie de notre restaurant.

Dimanche 3 mai

Départ de plus en plus matinal, pour éviter les grosses chaleurs de l’après midi. Joli col à la fraîche, débouchant sur des hauts plateaux semi désertiques. Le manque de ressources alimentaires, l’absence d’élevage, la rareté de l’eau et la chaleur qui engourdit la volonté semblent rendre la vie particulièrement difficile ici.

Nous passons près d’une nouvelle carrière, où le cliquetis des pierres trahit le travail acharnés de plusieurs familles, cassant, équarrissant, triant et transportant les cailloux. Toujours cette image de travail forcé, dans une région où la terre ne produit pas, et où il faut s’attaquer à ses ressources les plus simples pour trouver un moyen de s’en sortir. Comme ces fagots de bois qui courbent le dos des plus jeunes, où le brûlis des charbonnières qui noircit la gueule d’ados à peine dégrossis.

Ranohira et ses faubourgs pointent à l’horizon, juste sous la barrière rocheuse de l’Isalo. Un dernier beignet, une dernière banane, une dernière gorgée, un dernier coup de rein nous hissent jusqu’à des bungalows face aux falaises. Il y a bien quelques touristes, vieux et blancs, qui occupent les lieux avec nous, revenus d’une randonnée dans le parc, mais l’ensemble reste bien vide, soulignant l’étrangeté et la beauté de l’atmosphère.

Lundi 4 mai
On déjeune à 6h du matin, face à la lumière magique qui irise le massif de l’Isalo. La fraîcheur matinale rend appréciable les premiers coups de pédale dans une haute savane, parsemée de baobabs ça et là.

Dans ce quasi-désert de présence humaine, l’arrivée dans Andohanilakaka oppresse les corps. Capitale mondiale du saphir, elle grouille de mineurs malgaches, d’acheteurs indo-pakistanais ou sri lankais ; partout les pierres précieuses s’échangent, se troquent, se vendent. Partout, des maisons construites en parpaings de béton, une rareté dans la région, achètent et centralisent les pierres. Dans une rivière, après la ville, ça creuse, ça drague, ça tamise, pour des salaires misérables (5€ par jour). On s’arrête, et aussitôt c’est la cohue, les enfants rappliquent, nous demandant des bonbons, les adultes viennent essayer de nous vendre quelques pierres, à l’origine douteuse. A 5€, vous pouvez toucher le gros lot avec 4 pierres précieuses, ou vous faire arnaquer joliment avec du verre poli.

La fournaise a fondu chaque pore de la peau dans un magma infâme et rougeaud, la poussière a recouvert le tout d’une couche grise qui s’immisce entre les poils alors que nous rentrons dans Sakaraha, notre destination du soir. Le Runmal, ses chambres immenses et sa terrasse immaculée nous sert de refuge pour la nuit. Nous le partageons avec quatre français d’âge mûr rentrant de chantier dans leurs gros pick-up, pour la plupart accompagnés de jeunes malgaches.

Mardi 5 mai

Au bout de la route, la mer. Après 1100 km et 10 jours de vélo, la voilà ! Cette dernière journée, commencée de nuit à 5h30, se termine vent de face et dans la fournaise de l’océan indien.

En passant un merci à tous les petits enfants de 4 à 8 ans qui remplissent méthodiquement les innombrables nids-de-poule de la route pour rendre le trajet moins cahotant … Il n’y pas de trous assez profonds pour enterrer la misère à Madagascar !

Mercredi 6 mai et Jeudi 7 mai
On lâche nos vélos pour deux jours – direction Anakao, petit village de pêcheurs sur la côte sud-ouest malgache, réputé pour ses vagues, et surtout l’une des raisons pour laquelle Lolo a bien voulu m’accompagner dans ce périple à vélo. Une vedette nous débarque après une heure de voyage sur une longue plage de sable blanc, en face du Mada Surf Camp. Le patron nous apostrophe à peine posé un pied sur terre ferme : « Prêts à aller surfer ? Car les seules vagues potables sur les deux jours à venir, c’est maintenant ! ». Le temps de mettre les maillots de bain, et on saute dans une pirogue à balancier, elle aussi motorisée. En un quart d’heure, nous sautons à l’eau, juste derrière la barre du spot de Jelly Baby, qui déroule sa gauche à fleur de corail. Deux heures à prendre quelques vagues qui ferment assez rapidement, un petit mètre qu’on apprivoise en douceur, Lolo sur son Malibu hors d’âge et moi sur un Morey à peine plus récent. Un peu plus au large, un cortège de bateaux de pêche aux voiles bigarrées, jaunes, bleues, blanches, sac de jute ou toiles publicitaires, profitent du vent pour suivre les bancs de poisson.

Surf, sieste, dégustation de poisson et farniente rythment les deux jours avec en toile de fond les familles qui partent ou rentrent de la pêche sur leur longo vezo. Au coucher du soleil sur la plage de sable blanc, une petite brise chasse la chaleur, le bruit des vagues lèche nos matelas, aucune raison de s’inquiéter de quoi que ce soit, nous avons tout le temps du monde.

Vendredi 8 mai et Samedi 9 mai
Retour à terre après cette dernière escapade paradisiaque. On reprend nos vélos, et on file vers Itafy, l’autre spot de surf du coin. La plage est belle, mais l’ambiance y est différente : les gens, toujours adorables, sont plus insistants et collés à nos basques, nous proposant de goûter du poisson frais, de faire un tour en pirogue jusqu’à la barrière de corail, d’acheter quelques bracelets, de nous masser … J’essaie d’expliquer ce que nous ressentons, je sais que c’est inutile, ils ont besoin de notre argent pour améliorer leur quotidien chiche. On respire un bon coup, on explique une dernière fois, et on finit par s’acheter un peu de tranquillité …

Le lendemain, un chauffeur nous ramène sur Fianarantsoa. On profite du fait qu’il a déposé la veille des touristes slovènes à Tuléar, et rentre le 4*4 vide jusqu’à Tana. Journée éreintante pour remonter le pays en jeep – 520 kilomètres en près de 13h30. La phrase du jour de Lolo : « On l’aurait fait à vélo, on aurait mis à peine plus du double du temps, et au final on aurait su pourquoi on aurait fini fatigué ».

Dimanche 10 mai
Après cette traversée à 4 roues, on est remonté sur nos 2 roues à nous – on est quand même plus confort. Quelques heures de vélo en plongeant vers l’est et ses forêts luxuriantes. Partout des enfants sortent des bois chargés là d’un billot, là d’un fagot de branchages – l’une des dernières grandes forêts de Madagascar a beau faire partie du parc protégé de Ranomafana, comment reprocher aux locaux de déboiser leur capital forestier lorsque c’est le feu (et le bois) qui est souvent le seul moyen de faire cuire les aliments.

Pas de lémurien à vue en passant en bordure de parc, il paraît qu’ils se sont de plus en plus rares. L’arrivée au village est récompensée par un plouf dans la piscine thermale à 39°, et une fin de match de foot palpitante avec une séance de tir au but où le public entoure le buteur et le gardien au plus près. Avant de clôre cette journée, séance cadeaux où on négocie dans la bonne humeur des épices et de la vanille avec des vendeurs locaux …

Lundi 11 mai
Au vu du caractère aléatoire et cahotant de la circulation des quatre roues, on a pris la décision de rentrer sur la capitale à deux roues. Aujourd’hui, on roule jusqu’à Ambositra : départ de nuit à 5h30, arrivée de nuit à 18h, 11h20 sur le vélo pour 162 km et près de 3500 m de dénivelé.

À ce rythme là, et vu l’enfilade de cols, pas trop le temps de prendre l’appareil photo ou de discuter avec les vendeuses de bananes, oranges, manioc, pistache ou beignets, nos principales ressources pour tenir la distance.

Mardi 12 mai
On continue à revenir sur nos pas – Comme dit Lolo, on croirait découvrir un nouveau pays. Les marchés sont toujours aussi animés, on y répare et vend de tout, et presque rien de vraiment neuf – les taxis brousse sont chargés à la gueule, cochons et volailles compris – les enfants, des files d’enfants le long en train de marcher des routes, sont joyeux, à l’entrée ou à la sortie de l’école – tiens pas de téléphone portable ici.

Repas du midi au Radeau de Robinson, restaurant d’Antsirabe où de vieux débris coloniaux trainent avec difficulté leurs 80 bougies, accompagnés d’hôtesses avec le quart de leur âge qui ont plus le rôle d’assistante de vie que de partenaire de bunga-bunga. Repos du soir dans un lodge grand luxe avec piscine – on a craqué, 140 000 ariarys la nuit – ne faites pas la conversion, ça pique les yeux.

Mercredi 13 mai
Malgré les nuages de poussière dans lesquels on commence les 143 km de notre voyage du jour, au final une belle journée de vélo dans le pays de la bicyclette – on se fait enrhumer par les travailleurs à vélo, qui portent tous des charges bien plus lourdes que la nôtre : bidons remplis, cargaisons de dizaines de poulets, fagots de bois, sacs d’herbe, taxi avec une ou deux personnes sur le porte bagage – 60 à 80 kilos au bas mot. La palme au gars avec les jerrycans jaunes remplis de rhum artisanal, un bon 60 kg au bas mot, qui nous a doublé à plus de 28 km/h et a poursuivi son effort l’air de rien !

On fait un premier arrêt dans une propriété de bord de route qui propose des logements – mais on sent bien qu’on dérange plutôt qu’on arrange. A force de foirfouiller on tombe sur un centre de conférence plutôt classe perché au dessus d’un lac. Il accueille un séminaire de ce qui semble être une congrégation religieuse – de notre côté on n’a d’yeux que pour la carte du menu : apéro au punch, soupe aux légumes, aux œufs et à la viande, canard au poivre vert et frites, le tout arrosé d’une bouteille de bordeaux rouge, et gaufre glace-chantilly pour terminer. Un festin royal.

Jeudi 14 mai et Vendredi 15 mai
De retour à la capitale ! Sa circulation, ses couleurs, ses bruits, ses odeurs, ses sollicitations et ses rues en pente … On revient à peu près dans le même état, peut être quelques kilos égarés dans le grand sud … Et pour les stats, zéro crevaison ou problème mécanique. Juste le pneu arrière de Lolo qui s’est déchiré sur le côté, problème qu’on a résolu avec un bon morceau de Chatterton. On consacre quelques heures à visiter la ville, dont le château royal perché sur sa colline, puis à se lécher une dernière fois les babines dans ce qui semble être l’une des meilleures adresses culinaires en ville, d’inspiration fortement française.

Vendredi, jour du décollage pour le vol retour. Le taxi (le même qu’à l’aller) nous récupère en milieu de journée, erre dans une circulation au ralenti, ajoute quelques litres de gazole, reprend son chemin dans un nuage de fumée qui finit par envahir l’habitacle. Fausse alerte suivant le chauffeur, peut-être le pot d’échappement qui s’est détaché. Je me vois déjà en train de faire du stop sur la route de l’aéroport avec nos deux cartons à vélo. On ouvre la fenêtre pour aérer, et la voiture continue à toussoter, mais à avancer, jusqu’au terme du voyage. En descendant, Lolo s’aperçoit qu’il a oublié un sac à l’hôtel. Pas de panique, l’hôtel nous envoie un moto taxi, qui se transformera en coursier à vélo pour nous amener le sac à l’aéroport – 22 km à fond de cale, cela vaut un dernier bon pourboire partagé entre toutes les personnes impliquées dans la résolution de l’incident. Un grand merci à tous les malgaches rencontrés sur le chemin, car durant ce périple a vélo, tout, le meilleur et le moins bon, a trouvé une heureuse fin.

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